Avec Frédéric Rebeyrolle

Dans sa maison à l’orée de la forêt de Fontainebleau bordant Achères-la-Forêt, Frédéric Rebeyrolle nous accueille en nous précisant qu’il n’est peut-être pas un bon sujet d’article, car d’après lui, ce qu’il fait n’a rien d’exceptionnel. Mais la lueur qui s’allume dans ses yeux dès que l’on aborde le sujet de ses photos nous confirme tout le contraire.
Passionné par les cerfs, chevreuils et autres animaux de la forêt depuis sa plus tendre enfance, Frédéric Rebeyrolle partage avec nous sa passion grâce au livre qu’il vient de faire paraître : Ile-de-France sud sauvage. On y trouve de superbes photos de cervidés, mais aussi de renards, sangliers, oiseaux… Ce photographe passé maître dans l’art de l’affût, raconte ses photos, parce qu’elles ont toute une histoire…


Ile-de-France sud sauvage, 180 pages, 35 €

 

J’avais 6 ans lorsque j’ai trouvé mon premier bois de daim dans le domaine où j’habitais. Et j’ai été fasciné par ce cycle naturel qui fait que chaque année, les daims, chevreuils, cerfs, perdent naturellement leur bois, puis ils repoussent au printemps, à chaque fois plus grands.
Je me suis donc mis en quête de ces bois tombés au sol. Pour les trouver, il faut d’abord trouver leur propriétaire, savoir où est son territoire, pour savoir où chercher au moment de la mue.
Et puis petit à petit je me suis équipé en matériel photo, en camouflage (vêtements, filets recouverts de feuilles…). Un jour j’ai même donné à des promeneurs la peur de leur vie, lorsque le « buisson » devant lequel ils s’étaient arrêtés s’est mis à toussoter et à bouger !
Mon camouflage est poussé à l’extrême, je suis un peu coincé dans mon harnachement de filets, de feuilles… Alors, lorsqu’au bord d’un cours d’eau je guette depuis une heure les cerfs que je sais être dans les environs, que j’entends derrière moi un léger « plouf », puis un autre, et que je comprends que la harde de 6 beaux mâles est en train de traverser en catimini dans mon dos… J’ai beau essayer de me tourner discrètement, impossible : j’embarque le filet, les buissons, les branches et c’est la débandade ! Pas une seule photo, mais un très bon souvenir !
A force de billebaudes, d’année en année je connais les cerfs, et je les reconnais. Il y a…
Boeuf musqué qui a une bosse sur la tête ; je ne l’ai pas vu pendant quatre ans et puis un jour, il est réapparu ;
Tire langue qui a la bouche de travers et sa langue est toujours sortie,
Bari, quand il brame on dirait un éléphant !
Trompeur, de dos ou de profil on pourrait croire qu’il n’est pas impressionnant, mais on se trompe car de face… c’est une cathédrale !
Trapanel lui, a les bois qui poussent de manière dégingandée.
Et Monseigneur… des bois immenses, 24 cors (12 de chaque côté), le seigneur de notre forêt.
Voilà pour quelques-uns d’entre eux. Ils m’ont donné envie de faire ce livre, parce que je veux partager ces moments intenses avec les gens, pour qu’à leur tour ils aient envie de protéger notre riche biodiversité.
Frédéric Rebeyrolle


Par un matin d’affût,

le brouillard était dense,
on ne voyait pas à 20 mètres.
J’allais rentrer
quand j’entends

un petit craquement…
Je m’immobilise
et il est sorti

peu à peu de la brume,
il était là
face à moi :

dans toute sa splendeur,
c’était Trompeur…